Fontaines Wallace

Pendant la guerre de 1870 déclarée par Napoléon III contre la Prusse, Paris connaît des temps très durs. Le rétablissement de la République, l’épisode de la Commune de Paris, les bombardements destructeurs des Prussiens, la défaite cuisante qui laisse l’Alsace-Lorraine à ces derniers, sont autant de bouleversements qui nuisent à la ville.
La reconstruction de la capitale est très rapide, malgré les ravages. En moins de dix ans, elle est transformée : nouveaux bâtiments (Sacré-Cœur), nouveaux boulevards (Raspail, Saint-Germain). La mode est à la philanthropie : les bourgeois fortunés financent de nombreuses « bonnes œuvres » (Croix-Rouge, Armée du salut, Société philanthropique) afin d’entretenir leur réputation.

Le commanditaire : Sir Richard Wallace

Personnes se désaltèrant à une fontaine Wallace à Paris lors de la revue du 14 juillet 1911
Parmi ces philanthropes, Sir Richard Wallace est l’un des plus éclectiques et des plus discrets.
Ayant hérité de son père une grande fortune en août 1870, il décide d’en faire profiter les Parisiens, ce qui lui vaut une grande popularité. On peut le considérer comme un philanthrope, au sens propre du terme, par opposition à certains membres de la bonne société, pour qui les actions de charité ne sont qu’un moyen d’accroître leur notoriété. Son dévouement le pousse à rester dans sa villa parisienne assiégée pour pouvoir être là où on avait besoin de lui, plutôt que de se réfugier dans une de ses luxueuses propriétés.
Il fonde également un hôpital, s’occupe de l’accueil des victimes des bombardements et de la distribution de vivres à la population. Il reste toujours fidèle à sa nation d’adoption, la France, où il repose désormais, au cimetière du Père-Lachaise.
Les fontaines portant son nom comptent parmi ses nombreuses contributions au patrimoine parisien.

Pourquoi des fontaines ?

Suite au siège de Paris et à la Commune, de nombreux aqueducs sont détruits, et le prix de l’eau, déjà élevé, en est considérablement augmenté. De nombreux démunis se trouvent dans l’impossibilité d’en trouver gratuitement.
Dès lors, la tentation des « marchands de vin » est grande chez les indigents, et c’est un devoir moral que de les aider et de leur permettre de ne pas plonger dans l’ivrognerie. Le besoin urgent de ces « brasseries des quatre femmes » est clairement prouvé par la vitesse à laquelle le projet est concrétisé. Encore aujourd’hui, où l’eau et l’hygiène ne sont pas un problème pour la grande majorité des Parisiens, ces fontaines sont souvent les seuls points d’eau gratuits pour des personnes comme les SDF. Riches ou pauvres, tous les passants peuvent s’y désaltérer.
La philosophie de Wallace est d’aider efficacement et discrètement ceux qui en ont besoin : les fontaines sont la manière d’y parvenir tout en réalisant son souhait d’embellir Paris, sans faire dans le spectaculaire.

Conception

Richard Wallace conçoit lui-même ces fontaines, faites pour allier esthétique et utilité. Elles sont conçues dans le respect d’un strict cahier des charges :
• la taille : assez grande pour être visible de loin, mais pas trop pour ne pas rompre l’harmonie du paysage ;
• la forme : à la fois pratique d’utilisation et esthétique ;
• le prix : abordable pour permettre l’installation de dizaines d’exemplaires ;
• le matériau utilisé : résistant, facile à travailler, et commode d’entretien.
Les emplacements sont choisis par la mairie, ainsi que la couleur : vert profond, comme tout le mobilier urbain de cette époque, afin d’être discret et en harmonie avec les parcs et allées bordées d’arbres.
Wallace crée quatre modèles différents, de taille et de conception différentes. Le matériau utilisé est la fonte, matériau économique, facile à mouler, robuste, et très utilisé à l’époque. La quasi-totalité de la dépense est prise en charge par Wallace. La ville de Paris participe à hauteur de 1 000 francs pour le grand modèle, et 450 francs pour le modèle mural.
La réalisation des fontaines sera l’œuvre des fonderies du Val d’Osne, situées en Haute-Marne, près de Saint-Dizier, grande région de production de fonte d’art alors. On peut lire sur le socle des plus anciennes fontaines la signature de l’usine. Plus tard, la production (qui se prolonge toujours actuellement) se fera à Sommevoire (Haute-Marne) par la Générale d’hydraulique et de mécanique, Antoine Durenne ayant racheté le Val d’Osne et continuant à produire d’innombrables statues, fontaines et pièces de mobilier urbain.
Le succès des fontaines Wallace engendrera naturellement des copies par des fonderies concurrentes, ce qui explique qu’on trouve des fontaines qui sont « à la manière de », sans être d’authentiques fontaines Wallace.

Le sculpteur

Souhaitant que son projet se concrétise le plus rapidement possible, Wallace en confie la charge à Charles-Auguste Lebourg, un sculpteur à qui il a déjà fait appel. Ce Nantais améliore les croquis de Wallace, pourtant déjà très précis et réfléchis, pour faire de ces fontaines de véritables œuvres d’art.

Les différents modèles

Grand modèle
(2,71 m pour 610 kg)

Conçu par Sir Richard Wallace, ce modèle s’inspire de la fontaine des Innocents.
Sur un soubassement de pierre de Hauteville, repose un socle à huit pans sur lequel vient s’ajuster la partie supérieure composée de quatre cariatides se tournant le dos et soutenant à bout de bras un dôme orné d’une pointe, et décoré de dauphins.
Les quatre cariatides représentent la bonté, la simplicité, la charité et la sobriété. Elles sont toutes différentes, soit par la position de leur genou et de leurs pieds, soit par la manière dont leur tunique est nouée au niveau du corsage.
Simplicité et Sobriété ont les yeux fermés ; Bonté et Charité les ont ouverts. Elles représentent également les 4 saisons : Simplicité symbolise le printemps, Charité l’été, Sobriété l’automne et Bonté l’hiver.
Le symbolisme est présent sur les huit faces du soubassement : les 4 plus larges sont décorées d’un trident autour duquel s’enroule un triton et les 4 autres montrent une conque de laquelle s’écoule un chapelet de perles. Conque et perles représentant l’ouïe et la parole. Ces quatre faces plus étroites sont en « excroissance » par rapport aux grandes faces ; de délicats roseaux les ornent latéralement.
L’eau est distribuée en un mince filet depuis le centre du dôme, puis tombe dans une vasque qui est désormais protégée par une grille. Pour faciliter la distribution, deux gobelets en fer étamé retenus par des chaînettes, sont à la disposition du consommateur, restant toujours immergés pour plus de propreté. Ceux-ci sont supprimés en 1952 « par mesure d’hygiène », sur demande du Conseil d’Hygiène Publique de l’ancien département de la Seine1.

Les quatre cariatides

Fontaines Wallace et fontaines dites Wallace

Les deux premiers modèles sont conçus et financés par Sir Richard Wallace, d’où leur nom. Les deux autres modèles sont créés dans le même style, et la ressemblance est flagrante, mais elles sont créées à la suite du succès des précédentes.
Cependant, les conceptions plus récentes n’égalent pas celles de Wallace, passionné de la Renaissance. Ainsi, on ne retrouve pas les figures de femmes dans les suivantes, alors que, selon la conception de Wallace, elles font partie de la symbolique omniprésente dans l’art de la Renaissance, qui fait un parallèle entre l’eau et la femme, deux mères, tendres et sensuelles.

Fontaines Wallace

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